Andree Buchmann
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Qu'est-ce que l'écologie ? :

Compte-rendu du débat
Entretien avec les Jeunes Verts de l'IEP Paris
Discours d'Andrée Buchmann le 1er juillet 2007 à la Ferme Durr de Boofzheim
Hommage à Solange Fernex, figure internationale de l'écologie (1934-2006)
Bien plus que des statuts : le double défi de la rénovation Verte—Contribution pour les Journées d'été des Verts 2007
"Etre là où l'on progresse" : Andrée Buchmann lors de la réunion régionale Grenelle de l'Environnement à Mulhouse, mercredi 17 octobre 2007



Compte-rendu du débat


Débat sur « L’écologie politique »

Notes prises par Raphaël Cottin (des Jeunes Verts de Paris).
Conférence du 14 novembre 2005 à Paris, organisée par les Jeunes Verts de Paris et de l'IEP de Paris.

Des débuts de l'écologie politique à maintenant :
Quelle histoire? Quelle pensée?


Intervenants:

Pierre Radanne
, expert énergétique, auteur de "ENERGIES DE TON SIÈCLE ! Des crises à la mutation" aux éditions Lignes de Repères, ancien directeur de l'ADEME.

Andrée Buchmann, Conseillère Régionale d'Alsace, Présidente de l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur.

Débat animé par Frédéric Benhaim, étudiant à l’IEP de Paris.

Militants dans les premiers mouvements écolos, fondateurs des Verts,
Andrée Buchmann et Pierre Radanne ont tous deux joué un rôle-clé dans le développement de l'écologie politique en France. Ils débattent du bilan de plus d'une vingtaine d'années d'écologie... des débuts mouvementés des Verts ainsi que de leurs fondements théoriques, et des perspectives qui s'imposent à nous face au 21e siècle.


Quels débuts de l’écologie ?

Pierre Radanne : Brève présentation de la création de l’idée d’écologie politique : L’idée de reconstruction post 1945 a progressivement fait émerger une idée de l’écologie politique. Plus singulièrement en Allemagne et aux Etats-Unis, d’où sont venus nombre de livres précurseurs dans les années 1960. Il y avait une réflexion sur la finitude de la Terre, sur la démographie…

Quelle arrivée chez les Verts ?

Pierre Radanne : C’est « un coup de pied au cul trop dur d’avoir 18 ans en 68 », surtout venant d’un milieu rural et débarquant dans une grande ville pour aller travailler à l’usine.

La rupture de l’après guerre a amorcé une critique de la société de
consommation et l’idée d’écologie semblait être une alternative à l’extrême gauche, en opposition à un système politique pour moi trop autoritaire.
Les réflexions engagées alors sur les limites de la planète ont engendré pour moi une véritable passion qui m’a incitée à organiser mon parcours professionnel en accord avec cette passion, d’où beaucoup d’investissement dans le milieu associatif notamment, plongé dedans « corps et âme ».

ANDRÉE BUCHMANN : Dans une société rouleau compresseur, j’avais la volonté d’agir, d’aider à établir des espaces de réflexion, avec un tête l’image indélébile d’un monde d’avant sans femme.
Les droits des femmes étaient et restent un combat majeur : droit de vote, la majorité sexuelle, la contraception, l’avortement. L’écologie a permis cette conquête politique des femmes plus que l’extrême gauche. On se retrouvait aussi dans les combats pour les droits des minorités.

Pierre Radanne
: Ce point de vue s’élargit en fait d’une manière plus générale aux droits des personnes. Nous partagions avec la gauche un projet de justice sociale mais d’une manière plus internationale que la gauche aujourd’hui… il y avait un grand questionnement sur les rapports Nord/Sud.

Par ailleurs, la gauche se pose la question de la technologie comme une problème d’intendance, sans se poser la question de « quelle technologie » ? Le choix d’une technologie change à terme la société et le milieu dans lequel elle évolue. En revanche, le problème de cette prise de distance avec la gauche est la solitude dans laquelle les écolos se sont trouvés.

 

Il y a aussi un autre problème dans la mise à part des mouvements écolos, c’est le rapport à l’écriture. Il y a probablement eu une
peur de détournements des textes ou de l’autoritarisme que les écrits politiques peuvent engendrés (comme avec le Stalinisme par exemple). Pourtant, un mouvement sans écrits est un mouvement qui n’existe pas !


Cette insuffisance programmatique des Verts pose problème : il y a eu en effet beaucoup de productions écrites, surtout venant des Etats-Unis, dans les années 60. En revanche, le peu d’apport conceptuel et
intellectuel est considérable depuis les années 80, bien qu’en fait, le
problème des fondements écrits soit différent du parti lui-même, puisque des candidats écolos ont obtenus 14% aux municipales de 77 à Paris, 14% à Strasbourg, par exemple.

ANDRÉE BUCHMANN : Dans ces fondements des Verts, il y a eu aussi le problème des alliés, notamment par rapport à l’industrie, le PC étant le parti scientiste par excellence (M. Curie, le nucléaire, le rôle d’EDF). La question était alors : faut-il renforcer ce conflit ou proposer autre chose ? (C’est une des questions du conflit de Malville en 1977.)

Le nécessaire rapprochement politique plus encore qu’associatif a conduit à la création du parti Vert en 1984, bien que le passage vers le parti politique n’ait pas été évident. L’ensemble des moyens est souvent fagoté par le parti avec, en marge, une existence toujours effective des Amis de la Terre, de Greenpeace, etc. Le débouché politique possible n’est pas venu.

1984 était une date tactique en vue des élections européennes mais finalement nous avons manqué d’unité dans la représentation des candidats écolos. La présence des Verts et de la liste « LSD » (Lalonde) a rendu impossible d’obtenir + de 5%. Le problème électoral s’est posé, comme dans tout parti minoritaire.

Les perspectives sont alors envisagées sous plusieurs angles : Alliances ? ni gauche ni droite ? aspiration à devenir un grand parti ?

En 1986, nous avons obtenu 3 élus Verts aux régionales. En 1989, il y eut les municipales et européennes...

J’en tire un premier bilan :

- Les Verts ont eu raison concernant les diagnostiques de société mais désigner ces problèmes n’a pas apporté de réelle solution. Il y a une différence entre le diagnostique et la thérapie…

- Les Verts n’ont pas produit assez de réflexion politique sur le pouvoir, et ont trop perdu d’énergie dans le jeu des concurrences internes : le parti consacre moins de 5% de son temps à parler aux gens!

Le liens entre le militantisme et l’appareil politique qu’est le parti est donc problématique pour les gens, les Verts étant souvent par nature d’abord militants, mais devant passer par l’appareil politique pour se faire entendre.

Question : quels liens entre tendances, luttes internes, perspectives du parti ?

Pierre Radanne : La substance des projets doit être prioritaire par rapport à tout autre problème. Il faut parler aux gens sur le plan personnel. Le moyen de contrer ces luttes étant de voir d’abord la question principale à poser aux gens : qu’est-ce que c’est que rêver sa vie au XXIème siècle ?, tout en faisant comprendre que c’est la politique qui permet de réaliser cela en se mettant au service des gens.

ANDRÉE BUCHMANN : Il existe une surreprésentation dans les partis politiques des classes moyennes et supérieures de la société, les paysans et les ouvriers n’étant pas représentés, par exemple. Toutes les classes sociales amènent pourtant une pensée, une production intellectuelle, des propositions d’experts. C’est une de nos préoccupations principales : reconnaître l’existence d’experts dans toutes ces classes, et pas seulement sortis des Grandes Ecoles.

Pierre Radanne : Le premier dérapage politique pour moi a été quand on a sorti le champagne pour l’an 2000 sans avoir rêvé le siècle qui vient. On nous annonce un lendemain pire qu’aujourd’hui, au mieux incertain! Quel travail collectif pour rêver notre vie ? Il y a un épuisement des projets politiques anciens, non encore renouvelés dans un rapport à la personne.

Aujourd’hui, quelles valeurs fondamentales pour les écologistes ?

ANDRÉE BUCHMANN : Démocratie, autonomie individuelle et action sur son environnement.

Pierre Radanne : Je dirais que faire de la politique, c’est raconter la vie des gens devant eux ; le parti politique étant toujours d’actualité comme outils de réalisation des projets.

Les médias organisent la politique sur le mode cinématographique. Il y a un effondrement de l’agora politique : quand on donne 1mn pour dire une chose fondamentale, le format tue ! D’un autre côté, on constate récemment le renouveau d’autres agoras, comme les cafés philos, les débats associatifs, où les médias et la
télévision plus particulièrement ne sont pas toujours les bienvenus.

Questions : l’écologie, c’est donc plus que la nature et les petits oiseaux… ? Est-ce que l’écologie politique n’occulterait pas des problèmes tout aussi important comme le chômage ou la sécurité ?

Pierre Radanne : Le questionnement central est la confrontation aux limites (alternative à la violence, accès à tous les peuples, conséquences sociales), ce qui est encore différent d’être pour ou contre la croissance économique.

Pour finir, l’ouverture sur les rapports aux jeunes en tant que génération de transition : quel est en positif le monde qui est devant nous ? Toute période de changement de civilisation engendre des idées noires comme un refus de la mort d’un temps (le Nom de la rose…) Quel est le fantasme, soi-disant indépassable, quelle est la suite?

Rappelons-nous que la qualité d’une bibliothèque ne se compte pas au nombre de livres mais au nombre de lecteurs.

Andrée Buchmann. Il importe, au lieu de penser les solutions uniquement du « haut » vers le « bas », ou du «centre » vers la « périphérie », comme on le fait si souvent en France, de s’ouvrir aux solutions qui sont produites de la base. Changeons de perspective !


Pour en savoir plus sur l'écologie :

Bibliographie :

* Les partis verts en europe – ed. complexes – Pascal Delwitt et
Jean-Marie de Weale
* Les Verts ont 20 ans – Ed. Cédis – Les Verts – Pierre Serne
* Cette énergie qui nous manque – Ed. apogée – cosmopolitiques 9
* Energies de ton siècle ! Des crises à la mutation – Ed. Lignes
de Repères – Pierre Radanne





A voir également dans ce dossier :

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A voir également dans cette rubrique :

> Qualité de l'air intérieur/Santé environnementale
> Haute Qualité Environnementale/Ville durable
> Solidarité planétaire
> Economie verte
> Bilinguisme et politique culturelle
> Europe
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